200 ans de traités de danse 1823 – 2023

Pour le monde de la danse, 2023 marque les 200 ans de la parution de deux traités sur la danse du XIXème siècle, celui de Jean-Henri Gourdoux-Daux (maître de danse à Paris) intitulé De l’Art de la danse, considérée dans ses vrais rapports avec l’éducation de la jeunesse ; ou Méthode, principes et notions élémentaires sur l’art de la danse pour la ville, suivis de quelques leçons sur la manière de se présenter et de se conduire dans la bonne société, troisième édition revue et augmentée (après celles de 1804 et 1811), et celui d’Elise Voiart (écrivaine française), sous le titre Essai sur la danse antique et moderne. Cette dernière parution a entrainé le report d’une troisième publication consacrée à la danse théâtrale écrite par James Harvey d’Egville.

Voici le texte du prospectus rédigé par d’Egville lui-même et adressé aux journaux pour en annoncer la parution :

L’Art de la danse théâtrale,
son berceau, ses progrès, sa décadence,
sa régénération et ses principes élémentaires
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Deux volumes
par J.H. D’Egville ancien Pensionnaire de l’Académie Royale de Musique, ci-devant Directeur et Maître de Ballet du Théâtre du Roi à Londres et Professeur de Danse

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« cet art n’avait point encore ses principes élémentaires fixes, précis et rassemblés en un corps d’ouvrage, par un maître expérimenté. Ils n’étaient que vaguement épars, soit, dans les écrits de Noverre, le plus profond des chorégraphes modernes, soit dans les lettres particulières, de son digne concurrent, Dauberval, à ses élèves intimes dont quelques fragments précieux et inédits paraîtront dans l’ouvrage que nous annonçons.

Des hommes lettrés et savants ne se sont occupés de cet art que d’une manière partielle. Ces chroniqueurs du Moyen Age et du nôtre n’ont pu se dispenser d’en parler ; mais ils n’ont dit que son origine, son enfance, ses développements, et le degré d’importance ou il était parvenu chez les Grecs, et chez les Romains & pour nous en retracer ensuite les variations, la décadence et la régénération, parmi les modernes. Ces documents étaient sans doute indispensables à l’historique de leur travail ; mais l’auteur de celui-ci a cru devoir les renfermer dans un cadre fort étroit et n’exposer que les principaux, les plus frappants, et les moins connus ; Cassiodore, Lucien, Callemaque, Pylade, et après eux, Rolin, Cahusac, Ménestrier, et tant d’autres ont rapporté depuis trop longtemps, ce qu’il devait s’abstenir de redire. Ces derniers, dans leur dissertation ou Essais sur le Danse ancienne et moderne, productions fort estimables d’ailleurs, ont multipliés les citations, abondamment puisés dans chacun d’eux.

Quoiqu’elles ne soient pas étrangères à l’une des parties, et à l’introduction même de cet ouvrage, son auteur envisage un autre but, un intérêt plus essentiel, plus neuf et surtout plus utile dans le plan qu’il en a tracé.

Il fallait pour son exécution, un véritable chorégraphe, un compositeur familier avec son art, d’une excellente théorie et d’une longue pratique, pour en établir invariablement ces principes et les règles, d’après les traditions de tous les temps.

Nommer Mr D…, le disciple de la grande école, l’ami et l’émule de l’auteur du ballet de Télémaque, et l’auteur lui-même de plusieurs ballets classiques, couronnés d’un succès durable et mérité (sur divers grands théâtres), c’est annoncer celui de l’ouvrage intéressant, varié, piquant, et élémentaire tout à la fois, que nous allons publier ; c’est le fruit de longues années d’études, de recherches et d’observations. La sécheresse des principes y disparaît sous des voiles ingénieux.

Anecdotes théâtrales, traits ignorés ou peu connus, effets singuliers de plusieurs ballets, depuis Bathilde et Pylade jusqu’à nos jours, situation ancienne et actuelle du grand Opéra de Paris, moyens divers de lui rendre tout son éclat &. tels sont les accessoires utiles et nouveaux qui achèveront de rendre cet ouvrage aussi agréable aux gens du monde qu’indispensable aux artistes digne de ce nom. »

Dans une lettre adressée à son ami André Jean-Jacques Deshayes (danseur, chorégraphe, maître de ballet), d’Egville ne fait pas une critique élogieuse de la publication d’Elise Voiart : 

« Toi qui es à la piste de tous les ouvrages sur la Danse, il est presque impossible que tu n’aies connaissance d’un ouvrage publié dernièrement sous le titre de Essai sur la Danse ancienne et moderne par Mlle Voiart. Cet ouvrage sur la danse était d’abord intitulé dans un catalogue imprimé il y a deux ans par Audot, libraire au-delà de la Sorbonne, Histoire de la Danse. Il est évident par là que cette amazone littéraire s’est emparée du titre que mes lettres aux auteurs dramatiques[1] annonçaient. […] »

« Cet incident, comme je l’ai déjà dit, m’a forcé malgré moi à ajourner annonces dans les journaux, publications, qui devait avoir lieu à la fin de janvier c’est-à-dire la première livraison, et le reste à époques égales dans le cours de 1824 […] »

La publication L’Art de la danse théâtrale, son berceau, ses progrès, sa décadence, sa régénération et ses principes élémentaires, de James Harvey d’Egville a été repoussée en 1824. A ma connaissance, ce traité n’a jamais vu le jour, ce qui est regrettable pour l’histoire de l’évolution de danse dans la première moitié du XIXème siècle.

N. B. : les citations sont retranscrites telles qu’elles avec l’orthographe de l’époque.

© Irène Feste – novembre 2023


[1]« Essai sur la danse ancienne et moderne, son influence, ses progrès chez les différents peuples, etc., etc. ; suivi de la poétique de l’art réduit en principes, 2 vol… », Lettres aux auteurs dramatiques, d’Egville, 1823, p. 24